1. Vérifier que l'activité est admise à cette adresse
Chaque commune suisse dispose d'un plan d'affectation qui découpe son territoire en zones : habitation, mixte, centre, activités, industrie. Une zone d'habitation pure peut interdire un commerce, ou l'admettre sous condition de surface, d'horaires ou de nuisances. Un bar dans une zone résidentielle se heurtera aux règles de bruit avant même d'ouvrir.
Cette vérification est gratuite et se fait au service de l'urbanisme communal, souvent par téléphone. Elle prend une demi-heure et elle est la seule qui puisse annuler purement et simplement le projet à cette adresse. La faire après la signature du bail est l'erreur la plus coûteuse du parcours.
Un changement d'affectation d'un local (par exemple bureau vers restauration) est souvent soumis à autorisation de construire, même sans travaux. Le délai se compte en mois.
2. Mesurer le marché à l'adresse, pas à la commune
Une commune de 12 000 habitants n'est pas une clientèle de 12 000 personnes. Ce qui compte, c'est la population effectivement atteignable depuis la porte : à pied dans un centre, en voiture en périphérie, et augmentée des flux qui ne résident pas — pendulaires entrants, voyageurs d'une gare, touristes.
C'est exactement ce que fait l'analyse d'adresse : compter les habitants et les établissements concurrents à l'hectare autour d'un point, plutôt que de diviser un total communal par une surface.
3. Chiffrer le point mort avant de chercher un local
Le point mort — le chiffre d'affaires en dessous duquel l'affaire perd de l'argent — se calcule avant la visite, pas après. Il fixe le loyer maximal supportable, donc la catégorie d'emplacement accessible. Sans ce chiffre, toute visite est une séance d'enthousiasme.
L'ordre de grandeur se construit en trois lignes : marge brute attendue en pourcentage du chiffre d'affaires, charges fixes mensuelles (loyer, personnel, énergie, assurances), et le chiffre d'affaires qui couvre exactement les secondes avec la première.
4. Choisir la forme juridique
Trois formes couvrent la quasi-totalité des ouvertures de commerce : la raison individuelle, la société à responsabilité limitée et la société anonyme. La raison individuelle ne demande aucun capital mais engage le patrimoine privé. La Sàrl exige 20 000 francs entièrement libérés et sépare les patrimoines. La SA exige 100 000 francs, dont au moins 50 000 libérés.
Pour un premier commerce, la question se réduit souvent à : le patrimoine privé peut-il absorber l'échec ? Si non, la Sàrl est le seuil d'entrée raisonnable, et son coût de constitution se rembourse au premier incident.
5. S'annoncer : AVS, registre du commerce, TVA
Trois annonces distinctes, souvent confondues. L'affiliation à une caisse de compensation AVS reconnaît le statut d'indépendant : elle est examinée sur pièces et peut être refusée si l'activité ressemble à du salariat déguisé. L'inscription au registre du commerce est obligatoire pour une raison individuelle dès 100 000 francs de chiffre d'affaires annuel, et immédiate pour une Sàrl ou une SA, qui n'existent qu'à partir de cette inscription.
L'assujettissement à la TVA se déclenche au même seuil de 100 000 francs de chiffre d'affaires annuel. Le taux normal est de 8,1 %, le taux réduit de 2,6 % pour les denrées alimentaires et les médicaments, le taux spécial de 3,8 % pour l'hébergement. La restauration sur place relève du taux normal, la vente à l'emporter du taux réduit : la distinction structure la caisse d'un établissement mixte.
L'assujettissement volontaire à la TVA sous le seuil est parfois avantageux : il permet de récupérer l'impôt préalable sur un aménagement lourd engagé la première année.
6. Négocier le bail
Le bail commercial est régi par le Code des obligations, qui laisse une large place à la liberté contractuelle : presque tout se négocie, et presque rien ne se rattrape ensuite. Les points qui pèsent le plus sont la durée initiale et les options de renouvellement, la définition exacte des frais accessoires, l'indexation du loyer, la prise en charge des travaux d'aménagement, et la clause de transfert du bail.
Cette dernière est la plus sous-estimée : sans droit de céder le bail, un commerce rentable devient invendable, puisque l'acquéreur n'hérite pas du local.
7. Obtenir les autorisations propres à l'activité
Elles sont cantonales et parfois communales. Un établissement public sert d'exemple : autorisation d'exploiter, certificat de capacité pour la personne responsable, patente de débit de boissons alcoolisées, annonce au chimiste cantonal, plan d'autocontrôle des denrées alimentaires. Une pharmacie relève d'une autorisation de police sanitaire ; un salon de coiffure, de règles d'hygiène plus légères.
- Restauration et débit de boissons : autorisation d'exploiter + certificat cantonal.
- Denrées alimentaires : annonce au service de la consommation, autocontrôle documenté.
- Horaires d'ouverture et travail du dimanche : régime cantonal, autorisation fédérale pour le dimanche.
- Enseigne et vitrine : autorisation communale de procédés de réclame.
8. Prévoir la trésorerie des douze premiers mois
Un commerce ne meurt presque jamais d'un résultat négatif : il meurt d'une trésorerie vide un 25 du mois. Entre le dépôt de garantie, l'aménagement, le premier stock, les salaires versés avant les premières recettes et la TVA à reverser trimestriellement, le besoin de fonds de roulement initial dépasse régulièrement le coût de l'aménagement.
Questions fréquentes
Faut-il un capital minimum pour ouvrir un commerce en Suisse ?
Pas pour une raison individuelle. Une Sàrl exige 20 000 francs de capital entièrement libérés, une SA 100 000 francs dont au moins 50 000 libérés à la constitution.
À partir de quand faut-il s'inscrire au registre du commerce ?
Une raison individuelle doit s'inscrire dès 100 000 francs de chiffre d'affaires annuel. Une Sàrl et une SA n'acquièrent la personnalité juridique qu'à l'inscription : elle est donc immédiate et obligatoire.
À partir de quel chiffre d'affaires la TVA est-elle due ?
100 000 francs de chiffre d'affaires annuel réalisé en Suisse. Le taux normal est de 8,1 %, le taux réduit de 2,6 % et le taux spécial pour l'hébergement de 3,8 %.
Dans quel ordre faut-il traiter ces démarches ?
Vérification de l'affectation et étude de l'emplacement d'abord, car elles conditionnent l'adresse. Forme juridique et annonces ensuite : elles se modifient, contrairement à un bail signé.
Prêt à tester une adresse ?
L'analyse est gratuite et prend moins d'une minute.
Les chiffres, canton par canton
Population, revenu, loyer commercial de référence, fiscalité et flux — données officielles, mises à jour à chaque import.
Guides liés
- Raison individuelle, Sàrl ou SA : choisir sa forme juridique
- Négocier un bail commercial en Suisse
- Business plan d'un commerce en Suisse : ce qu'on y met